Aujourd'hui il n'y a pas que Marie qui peut vous raconter le magnifique spectacle auquel elle a assisté. Il n'y a pas que mon surfeur parisien qui peut vous montrer ses découvertes au détour d'une tour.Aujourd'hui j'étais convoquée à Bordeaux pour une journée de stage. A l'Education Nationale on adore les stages, il y a les stages qu'on demande parce qu'ils nous intéressent, et puis ceux auxquels on nous convoque d'office parce qu'ils n'intéressent personne. Et on nous convoque toujours le mercredi, c'est vachement mieux quand on a des enfants, et s'ils sont malades c'est encore mieux. Mais c'est un détail.
Quel était le but de cette journée ? Nous exposer enfin les détails et les secrets du nouveau programme qu'on nous a demandé d'appliquer depuis la rentrée de septembre. D'accord, on travaille quasiment en aveugle depuis 7 mois, un détail (surtout pour moi qui ne travaille que depuis un mois). On nous avait annoncé une réunion en février 2005, elle a lieu un an plus tard... un détail aussi à l'EN.
Autant vous dire que nous sommes arrivés, malgré l'heure matinale de départ pour certains d'entre nous, tout émoustillés par la lumière qui allait forcément émaner de cette journée, parce qu'on se sent tout de même un peu couillon quand on répète aux étudiants que sans doute l'épreuve de Français à l'examen constitera en ceci, sans doute qu'on attendra d'eux telle chose, peut-être que ce sera noté ainsi, et qu'avec un peu de chance on aura travaillé dans le bon sens. Bizarrement il y a quand même des détails qui les intéressent parfois.
Bref. Sur place, une inspectrice et deux formatrices nous accueillent. Je tiens d'abord à souligner leur goût pour l'innovation vestimentaire. J'aurais aimé les prendre en photo. L'une d'entre elle arborait un pull (immense) noir, auquel étaient suspendus absolument partout des gros coeurs en tissu blanc qui pendouillaient au bout de fils noirs et bougeaient au gré de ses mouvements (peu nombreux, dieu-merci). L'autre était habillée en noir avec des bottines rouge-fluo mais surtout elle avait autour du cou : 2 colliers, son portable dans une espèce d'étui panthère, ses écouteurs pour le téléphone et une étole rose et jaune (interprétation psychanalytique de ma voisine : elle rêve d'être un homme, elle porte tout devant). Et la dernière avait une veste en espèce de feutrine, vert pomme et rose, avec des motifs d'arbres et de soleil... je vous jure. Mais c'est un détail (auquel on est largement habitué à l'EN).
Et ces camifashion-victimes nous annoncent, sans aucun embarras : "ne vous attendez pas à des révélations, nous n'en savons toujours pas plus sur les nouveaux programmes et les découvrirons sans doute au BO (bulletin officiel, la bible...) de cet été". Et sur ce elles ont entrepris une belle paraphrase détaillée des documents déjà parus que nous connaissions déjà par coeur, et se sont lancées sans une hésitation, dans l'exercice auquel elles sont visiblement rôdées : ne rien dire sur rien à l'aide de mots qui ne signifient rien pour nous faire oublier qu'on nous a dérangés pour rien. Le détail...
Bon. Comme d'hab on a bien rigolé, moi j'ai vite décroché avant de m'échapper réellement. J'avais juste fait deux heures de route pour ça, un détail... Aïe...
A noter tout de même qu'on est repartis avec un bon nombre de photocopies, quelques nouveaux amis, quelques adjectifs à caser dans les dîners en ville (tels que "critériel" "matriciel"), quelques citations d'anthologie ("trop de Je tue le Je") et surtout des idées vestimentaires totalement révolutionnaires et le goût du détail qui tue.












